Bollywood sous pression : quand les caprices des stars menacent l’équilibre du cinéma indien

Caravanes de luxe, équipes pléthoriques et cachets exorbitants : à Bollywood, les exigences croissantes des stars font exploser les budgets et fragilisent l’économie du cinéma indien. Producteurs et acteurs tirent la sonnette d’alarme.

CÉLÉBRITÉ ET DIVERTISSEMENT ACTUALITE

Vortexwood

12/25/20253 min read

À Bollywood, le faste ne se limite plus aux écrans. Derrière les caméras, certaines superproductions croulent sous le poids des exigences de leurs têtes d’affiche. Caravanes haut de gamme, chefs privés, voyages en première classe et équipes personnelles démesurées : le train de vie des stars du cinéma indien contribue à faire grimper les budgets, au point de mettre en péril l’équilibre financier de nombreux films.

Longtemps imprévisibles, les performances au box-office sont aujourd’hui, selon plusieurs producteurs, moins liées à la qualité artistique des œuvres qu’à leur coût global. Et le principal problème ne serait pas tant la production elle-même que le prix des vedettes.

Des cachets et des entourages de plus en plus lourds

« Le cœur du problème, ce ne sont pas les décors ou les effets spéciaux, mais les cachets des stars », affirme Ramesh Taurani, producteur de la franchise Race. Il déplore une tendance croissante : de nombreux acteurs arrivent désormais sur les plateaux accompagnés de maquilleurs, coiffeurs, stylistes, coachs sportifs et assistants personnels, tous à la charge de la production.

Pour le distributeur Mukesh Bhatt, ces exigences sont devenues excessives. « Les équipes s’agrandissent, les déplacements se font en première classe, les logements sont luxueux… tout cela fait exploser les budgets sans véritable apport créatif », regrette-t-il, qualifiant certaines demandes de « choquantes ».

Même constat du côté de Raj Bansal, autre distributeur influent : « Aujourd’hui, un seul acteur peut se déplacer avec dix à quinze personnes. Autrefois, plusieurs comédiens partageaient une seule caravane. Puis chacun a voulu la sienne. Désormais, c’est la surenchère permanente. »

Le luxe a un prix

Selon les professionnels du secteur, une seule caravane haut de gamme peut coûter jusqu’à 18 000 dollars pour la durée d’un tournage. Des montants qui commencent à inquiéter investisseurs et financiers, d’autant que le modèle économique du cinéma indien a profondément changé.

L’essor des plateformes de streaming comme Netflix, Amazon Prime Video ou Apple TV a bouleversé les règles du jeu. Dotées de budgets colossaux, elles attirent une partie du public et imposent une concurrence difficile à soutenir pour les exploitants de salles traditionnelles.

« Le public a évolué », analyse Mukesh Bhatt. « Ces plateformes ont élargi ses horizons et obligé le cinéma indien à hausser son niveau créatif. Mais, en parallèle, l’augmentation constante des coûts — notamment ceux liés aux talents — a créé une pression financière énorme. Ce ne sont pas les films qui sont fragiles, c’est leur équilibre économique. »

Aamir Khan dénonce les dérives

Face à ces excès, certaines figures majeures de Bollywood n’hésitent plus à prendre la parole. En septembre dernier, l’acteur et réalisateur Aamir Khan a publiquement interpellé ses pairs sur YouTube :

« Vous gagnez des dizaines de millions de roupies. Avez-vous perdu toute estime de vous-mêmes ? »

Une sortie directe, révélatrice d’un malaise grandissant au sein de l’industrie.

Vers un nouveau partage des risques ?

Pour sortir de cette spirale, Mukesh Bhatt propose une refonte du modèle économique. Selon lui, les risques et les bénéfices devraient être mieux répartis entre tous les acteurs d’un projet.

« Quand un film rencontre le succès, chacun devrait en profiter. Mais lorsqu’il échoue, la responsabilité financière ne devrait pas reposer uniquement sur le producteur », plaide-t-il, appelant à réinvestir davantage dans ce qui fait l’essence du cinéma : le scénario et la narration.

L’exemple du film de science-fiction Bade Miyan Chote Miyan, sorti en 2024, illustre cette fragilité. Malgré un budget de 42 millions de dollars, le long-métrage a été un échec commercial, contraignant ses producteurs à hypothéquer leurs biens pour absorber les pertes.

Moins de stars, plus d’idées ?

Certains acteurs commencent à revoir leurs exigences. Dès 2023, Kartik Aaryan avait accepté de réduire son cachet pour la comédie Shehzada, qui n’a pourtant pas rencontré le succès espéré. « Si votre notoriété profite réellement à tout le projet, c’est acceptable. Sinon, il faut assumer sa part de responsabilité », estime-t-il.

D’autres défendent une approche plus radicale. Pour l’acteur, scénariste et réalisateur Viveck Vaswani, la solution est simple : se passer des stars.

« Si le cachet d’un acteur et de son entourage déséquilibre votre budget, alors ne le prenez pas », tranche-t-il. Fort de son expérience, il rappelle avoir réalisé de nombreux films avec des débutants, y compris avec Shah Rukh Khan et Raveena Tandon à leurs débuts.

« Il est faux de croire qu’un acteur est plus important que le scénario », conclut-il.

Les acteurs bollywoodiens Ajay Devgn (à gauche), Rakul Preet Singh (au centre) et Meezaan Jafri assistent à la présentation de la bande-annonce de leur prochaine comédie romantique en hindi, « De De Pyaar De 2 », à Mumbai, le 14 octobre 2025.